On sait qu’un bateau vit ses dernières heures lorsque l’équipage commence à sortir les barques et que chacun essaie de sauver sa peau (qui étrangement prend de la valeur en même temps que le bateau prend l’eau) en se jetant dans l’une de ces frêles chaloupes.
Au vu de ces informations, nous pouvons affirmer avec une certitude à peine chancelante que l’Algérie coule.
Car sinon, pourquoi risquer sa vie en affrontant des conditions de voyage loin de la première classe, soit par la clandestinité dans une cale inconfortable, soit dans la fragilité d’une embarcation sommaire ? L’inconfort du pays quitté est-il comparable à celui de la dite cale ? La fragilité du système ressemble-t-elle à s’y méprendre à celle d’une barque ? La terre ferme est-elle à ce point chancelante qu’à côté d’elle le mouvement des vagues ramène à notre mémoire le doux balancement de notre berceau ? Est-il préférable de couler debout que de vivre à genoux ?
Pourtant, on me disait hier encore que l’Algérie se portait bien. D’ailleurs El-Moudjahid ne titrait-il pas aujourd’hui « l’Algérie est sur la bonne voie » ? Effectivement, le prix du baril de pétrole ne cesse d’augmenter, Boutef est en bonne santé, la réconciliation nationale ne cesse de nous réconcilier… Mais que demande le peuple ?
Du travail, de la considération, qu’on arrête de nous prendre pour des c***, des pommes de terre qui n’auraient pas commencer leur processus de dégradation… Bref, l’impossible. Et oui, l’algérien est exigeant. Le désespoir de ce qu’il connaît se bat contre l’espoir de l’inconnu. Jusqu’à ce qu’il décide de laisser davantage que ses pensées le mener vers cet horizon lointain. A force d’être mené en bateau, il finit par prendre le large.
Ils étaient 1100 ces huit derniers mois à vouloir laisser derrière eux l’Algérie dorée des médias officiels. Et à être ramenés à leur terre natale, à défaut d’être ramenés à la raison.
Coincés à bord, en attendant de nous noyer effectivement sous les bonnes surprises, de voir le pays sombrer dans l’abondance, de sentir les vagues du succès tomber en rafales sur nos rives ensoleillées, de nous laisser entraîner par les flots de la joie de vivre, restons cool…
Par Nanou pour Zoom-Algerie.com
13/11/2007
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