Le salon du livre vient de s'ouvrir à Alger. Il y a les auteurs qui boycottent et il y a les auteurs qui se font boycotter. Par l'Etat. C'est ce qu'on appelle la censure. Certains, plus cyniques, appellent cela la routine.
Et il y a bien sûr l'éternelle Khalida Toumi qui est autant à sa place au Ministère de la Culture que la photo géante de Boutef à quelques mètres de la place de la Liberté de la Presse à Alger : un rapprochement improbable qui ressemble à s'y méprendre à une très mauvaise blague. Ou à du pur mauvais goût. Mauvais pour mauvais, elle est de mauvaise humeur, presque tremblante de colère à l'évocation de ce qui se dit dans les cercles très vicieux des intellectuels non alignés. Et dire qu'il existe au royaume d'Algérie des algériens qui osent parler de livres alors qu'il faut, je cite "avoir honte et se taire" ! Pensez donc, parler de littérature au moment même où se déroule le Salon du Livre ! Les algériens ont l'outrecuidance de porter des jugements sur des choses qu'ils ne peuvent pas comprendre et qui d'ailleurs, de son propre aveu, échappent à madame la ministre.
En ce qui la concerne, le plus important ce ne sont pas les livres. Ni les auteurs. Ni le contenu. Ni le style. Ni le fond. Ni la façon dont le livre est accueilli par le public, encore moins la façon dont il est saisi par les autorités. Non, ça c'est le niveau le plus haut du jeu et nous n'en sommes qu'à la version d'essai gratuite sans option et sans intérêt. La vraie question qui se pose dans ce genre de manifestations, ce n'est pas qui et quoi mais combien. Et on reconnait bien là l'ancienne prof de maths. Combien de livres se sont vendus, combien de droits ?
Il va bientôt falloir nous excuser pour nos préoccupations trop terre-à-terre sur la liberté d'écrire et de lire dans ce pays. Alors qu'il nous a toujours été interdit de demander combien (combien de faux moudjahiddines, combien de disparus, combien de millions détournés, combien de mensonges, de manipulations, d'humiliations, pendant combien d'années encore…) cela devient subitement une preuve de sérieux.
Alors puisqu'il faut jouer, jouons. Et vous Madame Toumi, combien de temps avez-vous mis à oublier vos anciennes amours démocratiques et plonger dans cette liaison contre nature avec le despotisme ? Combien de temps serons-nous encore obligés d'écouter vos simagrées injurieuses preuve de votre mépris pour le peuple ?
Vous aimez trop votre pays pour qu'il se donne en spectacle ? Cela, il fallait y penser avant que la côte algérienne ne devienne une plaie hémorragique, avant que des familles entières ne s'entassent dans un deux pièces, avant que le week-end semi-universel ne soit un aveu d'incompétence, avant que la liberté ne devienne une rumeur à peine audible.
Cette déclaration est d'une indécence sans nom et je ne vous dirai pas, madame la Ministre de la Culture, combien j'ai effectivement honte.
Pour vous.
Par Nanou
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