Je suis assise devant mon écran d'ordinateur depuis dix minutes. Le curseur n'arrête pas de me faire des clins d'œil moqueurs de sa feuille blanche made in Word pendant que je me creuse la tête pour trouver un sujet à massacrer. De quoi pourrais-je parler à deux mois de la prochaine déchéance électorale ? Qui pourrais-je fustiger à l'approche de ce que les journaux appellent déjà une mascarade ? (D'ici deux mois, je soupçonne qu'une recherche sur Google avec les mots "mascarade" et "Algérie" ne mène plus au film de Lyes Salem mais aux présidentielles 2009. Triste réalité pour le Septième Art, accablante vérité pour la troisième tare.)
Il y aussi ces comités de soutien au président-pas encore candidat qui s'organisent à travers tout le pays, emportant au passage des organisations féminines qui se lèvent comme pour dire "oui, nous les femmes, nous sommes des hommes comme les autres !" Mais il n'y a définitivement pas de commentaire à émettre sur le fait que défendre des idées imposées d'avance est tout ce qu'il y a de plus médiocre.
Rien d'intéressant non plus dans cette nouvelle menaçante selon laquelle le troisième mandat de Boutef signerait le retour du FIS. Cette manœuvre grossière est-elle supposée encourager les démocrates à jouer les héros en se présentant comme le dernier recours contre le fanatisme ? Comme si ces derniers mois l'Algérie n'avait pas été le théâtre de manifestations extrémistes, avec la persécution des chrétiens et la fermeture des débits de boisson et autre établissement servant de l'alcool. Comme si on ne voyait pas dans nos rues les hidjabs se multiplier comme des champignons après la pluie, l'orage étant depuis longtemps devenu permanent. Nous sommes plus islamisés qu'à l'époque du FIS, peut-on encore se le cacher ?
Il n'y a enfin rien à dire sur cette dernière trouvaille de Boutef qui après avoir gardé le silence durant des semaines comme pour faire du charme à la communauté des sourds-muets, prétend qu'il ne se présentera peut-être pas aux élections mais qu'il a néanmoins en tête le nom de la personne qui sera digne de lui succéder. D'une part, cette soudaine réserve quant à un troisième mandat n'est pas crédible. D'autre part je ne vois pas en quoi le fait que Boutef s'arroge le droit de désigner la personne capable de lui succéder devrait constituer pour nous un espoir démocratique. Et enfin, Boutef ou pas Boutef, le pouvoir ne changera de toute façon pas de main, qu'elle soit étrangère ou non, l'Algérie ne deviendra pas une démocratie, les élections ne seront pas propres et honnêtes et le métro d'Alger n'atterrira pas à l'heure.
Par Nanou
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