La réponse des responsables français en poste à Alger concernant le rapport "Visa refusé" de la CIMADE ne s'est pas fait attendre, même si M. Xavier Driencourt, ambassadeur de France en Algérie, avoue n'avoir eu de réaction ni du ministère algérien des Affaires étrangères ni du Quai d'Orsay.
Par déduction, la conférence de presse organisée hier au siège du Centre culturel français a été provoquée uniquement suite à la réaction de la presse algérienne jugée "négative et fantaisiste" par M. l'ambassadeur lui-même.
Le but de la rencontre d'hier serait, alors, une lecture "plutôt juste et rationnelle d'un rapport de surcroît orienté", dit-on dans les coulisses.
En d'autres termes, M. Michel Dejaegher, le nouveau consul installé il y a une semaine, a eu pour mission, durant cette conférence, de positiver ce rapport. Cependant, chiffres à l'appui, le taux de refus des visas est trop élevé, en contradiction avec le rêve d'un traité d'amitié et d'un rapport privilégié de part et d'autre des deux pays. Pour preuve, les visites récentes à Alger de hauts responsables français.
Pur produit de l'administration centrale (sous-directeur de la circulation des étrangers au Quai d'Orsay puis sous-directeur des visas au ministère chargé de l'Immigration), M. Michel Dejaegher sera présenté par l'ambassadeur comme le spécialiste des visas. Cela étant, la lecture du rapport de la CIMADE ne peut être qu'élogieuse, pour reprendre les propos du nouveau consul, même si le taux de refus pour les demandeurs algériens est le plus élevé, à savoir près de 32 %.Ce refus est étroitement lié, selon le consul toujours, notamment aux alertes des préfectures françaises aux flux migratoires. Si la politique des quotas n’est pas de mise, comment, avons-nous demandé au consul de France, le consulat procède pour détecter les personnes qui ont l’intention de s’installer en France avec un simple visa touristique ? «Nous n’avons qu’à bien apprécier le risque, étant donné que l’appréciation est une donnée incontournable qui suit toute demande de visa», nous a-t-il répondu.
Toutefois, la Commission européenne sous présidence française a décidé en 2008 de justifier tout refus de visa. Concernant les personnes qui se rendent en France pour des raisons médicales, M. Xavier Driencourt l’ambassadeur a mis en avant l’accord conclu entre la CNAS et les services de la sécurité sociale française. Le consul français passera en revue d’autres points sensibles tels les données personnelles des demandeurs de visa. Il dira, à ce sujet, que toutes les données sont détruites après la restitution des passeports.
On apprend dans ce sens qu’un décret récent, pris après avis de la Commission internationale de l’informatique et des libertés, a autorisé à Alger, à Londres et à Istanbul une collecte de données biométriques. Cette collecte devrait obéir à des contraintes sévères de sécurité définies par l’Union européenne. De tels travaux ont d’ores et déjà été lancés sans toutefois préciser la mise en route de ce système.
Le dernier point qu’on a pu aborder avec le consul de France est celui relatif à la somme d’argent récoltée par le consulat français à Alger. La CIMADE a avancé le montant de 12 millions d’euros dont 4 relatifs à ceux qui ont essuyé un refus. Qu’en est-il de cette colossale somme ? Est-elle convertible ? Des questions auxquelles s’ajoute celle de savoir si sa destination finale est le Trésor public algérien ou français. Car on n’en sait strictement rien. Sauf que, si elle revient à la partie algérienne, elle sera nécessairement convertible en fin d’année. Il en serait de même avec tous les consulats étrangers imposant un visa aux Algériens
Aux spécialistes de chiffrer !
Par Samir Méhalla
3e édition du Festival international des arts de l’Ahaggar