D’un festival international à un autre, les précurseurs du raï moderne sont toujours aussi séduisants que dans les années 1970.
Entre le dixième Festival de l’IMA à Paris (du 12 au 20 juin) et celui de Rio Loco à Toulouse (du 17 au 21 juin), qui célèbre cette fois-ci le Maghreb, le raïman Boutaïba Sghir nous offre des plateaux de rêve. Lui et Belkacem Bouteldja sont connus, autant que le célèbre trompettiste Messaoud Bellemou, comme les pères du genre raï. Sans oublier la regrettée Remiti, qui reste ce que des voix du blues afro-américain sont au Tennessee ou dans le monde. Ces pionniers ont, eux, propulsé le raï sur les voies de la modernité en le sortant de l’anonymat, des milieux clos ou des cercles privés. Dans les années 1970, déjà, Bellemou jouit d’une aura populaire. Ayant introduit la trompet-te, cet ancien membre des Clarks – Oui, Raïna Raï n’est pas le seul groupe du genre – crée, non sans la complicité de Bouteldja, le popraï. Tout comme le père spirituel qu’est Boutaïba, ils finiront par devenir des figures emblématiques avant de s’effacer dans les années 1980, marquées plutôt par la nouvelle dynamique des chebs. Khaled, le king du raï moderne, reconnaît en Boutaïba Sghir le vrai roi : «J’adore et je suis toujours fidèle et fan de Boutaïba. C’est lui le roi du raï. Moi, je ne suis que l’ambassadeur. C’est grâce à lui que je suis arrivé là où je suis maintenant. Il y a aussi Benfissa ; mais Boutaïba, c’était le crooner du raï, très roots (racines). Dans les mariages, dans le temps, j’adorais la chanson Sidi Rabi ghferli, de Boutaïba Sghir, qui parle d’exil, de déracinement, de mal du pays... Cette chanson me touche beaucoup.» Khaled a lancé en mai dernier un nouvel album baptisé «Liberté», signant des titres en retournant aux sources musicales d’un raï qu’il a lui-même exercé dans les années 1970. Le chanteur rieur se retrouve, une fois de plus, sur les croisements des chemins de Boutaïba et Bouteldja. Passant dans la première soirée en tête d’affiche (aujourd’hui 17 juin) sur la scène Pont Neuf du Rio Loco, après Karim Ziad, il saluera certainement ses aînés et amis de longue date. Boutaïba, lui, a enregistré un album avec un autre exilé : Djamel Laroussi le guitariste, auteur et compositeur, arrangeur et producteur.
Ce dernier se fie toujours à son compagnon Smaïl Benhouhou, lui aussi compositeur et maniant le clavier. Après avoir fini de travailler avec Boutaïba, le sexagénaire, Djamel a dit : «C’est un retour en force car j’ai mis le paquet pour ce projet. Il y a quinze titres dans cet album. Beaucoup de boîtes m’ont contacté pour ce nouvel album, comme Sony et Warner, et là, je peux dire que c’est une bonne chose pour moi.» D’autant que les majors de la musique recherchent actuellement l’originalité. Deux générations, deux expériences bien différentes se sont associées pour faire de nouvelles routes et présenter sur scène le spectacle «Légendes du raï». D. Laroussi, son maître d’œuvre, a de quoi en être fier. En réunissant plusieurs styles, il a opté pour la complexité, mais aux fins de produire une merveille dans des titres sur l’amour ou l’exil vus par les vieux du raï.
A Paris, ces légendes fêtent les dix ans d’existence d’un festival de musique de l’Institut du monde arabe. Puis, ils se retrouveront le 20 juin dans le Sud, sur la rive ouest de la Méditerranée, pour parfumer de leurs senteurs oranaises le festival toulousain Rio Loco. Comme s’ils étaient chez eux, de l’autre côté du Bassin méditerranéen.
Source: Le Jeune Indépendant
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