Débats passionnés à Constantine sur l’idée de fusion des trois écoles algériennes de musique classique. La fusion des trois écoles algériennes de musique classique, entreprise par l’orchestre national andalou dirigé par Rachid Guarbas, a suscité, ce dimanche 28 juin à Constantine, des débats contradictoires assez intéressants.
En marge du 3e Festival du malouf ouvert mercredi dernier dans la capitale de l’Est, le sujet a suscité la polémique. Selon les observateurs avertis, cette polémique inévitable n’est que la manifestation d’une controverse classique entre «puristes et novateurs», c’est-à-dire conservateurs et réformateurs. Débats qui agitent l’art andalou depuis son «âge d’or», avant la chute de Grenade en1492. L’initiative visant à brasser les trois écoles algériennes de musique andalouse en un seul orchestre, à travers la création, ces dernières années, de l’Ensemble national andalou, ne semble pas faire l’unanimité dans les milieux initiés à Constantine.
Une communication donnée en marge du festival s’est achevée par une vive controverse autour de cet orchestre qui a pourtant eu l’honneur d’ouvrir cette manifestation et dont l’idée de création avait germé dans la ville du Vieux Rocher à l’issue d’un séminaire, organisé en 2002 par l’association Maqam de cette même ville. L’animateur de cette conférence, M. Mohamed Eulmi, est allé jusqu’à qualifier cet orchestre de «création à la Frankenstein», qui s’inscrit, selon lui, en porte-à-faux avec tout ce qui fait l’essence même de cette musique. Le conférencier a soutenu que les musiciens qui ont «cautionné cette démarche» risquent de «sacrifier des intérêts stratégiques de la musique algérienne au profit d’intérêts étroits et immédiats».
M. Eulmi, musicien et chercheur, et dont la communication s’intitulait : «la place des mots dans la musique andalouse», a souligné que la musique andalouse est aujourd’hui le fruit d’une longue maturation au cours de laquelle elle a subi des apports et des modifications, souvent d’auteurs inconnus, que ce soit dans son volet musical ou dans celui des paroles et des textes poétiques. Elle est alors devenue un patrimoine «en quelque sorte collectif» qui a connu une évolution quasi naturelle, échappant souvent aux interventions individuelles, a dit le conférencier, et de conclure que toute tentative d’intervention volontariste ne peut que la «dénaturer». «Il est essentiel de léguer ce patrimoine inaltéré comme une référence pour les générations futures», a-t-il souligné en précisant que le genre haouzi et le genre mahjouz peuvent à la rigueur se prêter à des brassages, mais en aucun cas le malouf constantinois, la sanaâ algéroise ou le gharnati tlemcénien.
De son côté, M. Mohamed Hamdi, président de l’association El-Gharnatia de Tlemcen et directeur artistique du festival haouzi de cette ville, membre du jury du festival de Constantine, n’a pas caché non plus que la création de l’Ensemble national andalou «ne rencontre pas toujours l’assentiment du milieu musical de la capitale des Zianides».
La question demeure donc entière et le débat contradictoire, voire les controverses ne peuvent que mener à la décantation et à la clarification des visions. Selon un jeune musicien constantinois, féru impénitent des recherches, des innovations et des expérimentations, des expériences «encore plus audacieuses» sont tentées, ces dernières années, lors du festival international Dimajazz. Ce dernier a fait germer l’idée d’une fusion de la musique malouf avec l’esprit jazz donnant lieu à la création de la formation «Coudiat Aty Group» sous la houlette de Salim Fergani. Il a déjà à son actif des compositions qui ont fait le succès de la semaine culturelle de Constantine à Alger où le groupe s’est produit récemment.
Source: Le Jeune Indépendant
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