Arslane, artiste peintre, comédien et designer, expose une soixantaine de tableaux, au palais de la Culture Moufdi-Zakaria, sous l’intitulé «Papillons et horizons», jusqu’au 28 mai.
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Après une absence de cinq ans des galeries d’art, Arslane revient avec une série de soixante tableaux en technique mixte. L’abstraction a la part du lion dans ce travail de longue haleine, où papillons et horizons s’entremêlent, s’embrassent et se mélangent dans une vertigineuse chorégraphie amoureuse. Le coup de pinceau de cet artiste polyvalent, son énergie, sa générosité artistique et son amour pour l’art font de lui, l’une des figures les plus sûres de la scène culturelle algérienne. C’est avec bonheur que nous retrouvons dans cette nouvelle exposition tout le génie et toute la sensibilité d’Arslane, le peintre et le philosophe. Les couleurs pastel et le trait fin sont là pour plonger le visiteur dans une sorte d’ataraxie mystique qui correspondrait sans aucun doute au thème choisi par l’artiste. Le papillon, compte tenu de sa fragilité et de sa légèreté, fait effectivement partie de ces animaux qui évoquent la paix, la tranquillité et le repos spirituel. Arslane nous le dit dès la première page du catalogue : «On a tout de même un peu de peine à imaginer qu’un simple battement de cils ou qu’un petit éternuement printanier d’un papillon enclenche une grosse vague, jusqu’à l’infini. Lui, le petit insecte, l’éphémère...» L’éphémère, ce mot cher à l’artiste, est largement visible dans ses toiles. Un «éphémère permanent» comme il aime à le dire souvent, car l’art est pour lui une intervention incessante dans le réel. Ce dernier est à réinventer, et c’est exactement cette quête de l’invisible, de l’infiniment petit et du mystère qui se cache derrière toute chose, qui ressort de la majorité des toiles. Mais quel lien y a-t-il entre un papillon et un horizon ? Cela peut très certainement s’expliquer avec une approche philosophique traduite par des mots, comme le fait si bien Mustapha Nedjai dans la présentation de l’expo : «Si nous cherchons les origines et la formation de tous ces éléments qui composent la vie, ceux que nous connaissons et ceux que nous ignorons encore, nous trouverons certainement le lien. Si le regard a ses limites, voire ses délires. Depuis Platon, certains philosophes pensent qu’au-delà des apparences, il y a une réalité cachée et que seule la science peut nous permettre d’y accéder. Descartes lui-même souligne que nos sens sont trompeurs. Il nous invite à commencer par douter de la réalité du monde visible…» Mais au-delà des mots, la peinture d’Arslane traduit superbement ce doute, cet éternel attachement aux incertitudes, car l’art naît toujours d’une question, d’un regard interrogateur et sceptique porté sur le monde. Entre papillons et horizons, l’artiste laisse libre cours à son pinceau baladeur, cherche l’âme d’une couleur, titille le secret d’une ligne, fouette sans cesse sa toile pour que celle-ci s’amadoue au toucher du pinceau. Le style d’Arslane est profondément abstrait, mais on peut également lui trouver des accointances avec un figuratif recherché teinté de beaucoup d’expressionisme. On le voit bien dans cette toile sans titre où une silhouette au sexe indéfini se tient de toute sa hauteur derrière une porte la séparant d’une avalanche de formes abstraites. Une autre silhouette adopte la même posture, mais cette fois-ci, elle baigne dans une atmosphère pâle, rappelant la grande bleue à ses heures calmes, flirtant avec un horizon limpide. |
3e édition du Festival international des arts de l’Ahaggar