Sorti dans les salles en janvier 2010, le dernier film de Clint Eastwood, Invictus revient sur le combat de Nelson Mandela pour la reconstruction de l’Afrique du Sud après son élection à la présidence de la République.
Réaliser un film sur Nelson Mandela n’est pas une mince affaire. Clint Eastwood, l’un des réalisateurs les plus respectés d’Hollywood, a choisi de revenir sur une période bien limitée de la vie de ce grand leader antiapartheid. Il s’agit de l’année 1994-1995. Mandela, élu premier président noir de l’Afrique du Sud, se trouve investi d’une lourde mission : unifier le pays, réconcilier les deux groupes ethniques et redonner espoir à un peuple affaibli par une économie sinistrée et par les tourments d’un système politique ségrégationniste. Pour ce faire, le nouveau président a misé sur le sport, plus particulièrement sur le rugby, pactisant avec le capitaine de la modeste équipe sud-africaine pour atteindre un objectif vraisemblablement utopique : gagner la coupe du monde de rugby de 1995.
Le spectateur a droit à plus de deux heures pour admirer le grand Madiba (le nom tribal de Mandela) lutter, encourager et même négliger les affaires de l’Etat pour que l’équipe nationale sud-africaine accomplisse le miracle.
Après Million Dollar Baby, L’échange et Gran Torino, trois incontestables chefs-d’œuvre réalisés par Clint Eastwood, Invictus dont la vedette est le sublime Morgan Freeman, adoubé par Mandela lui-même pour l’incarner au cinéma, arrive dans les salles plein de promesses.
Le scénario sobre du film, la maîtrise parfaite du sujet et la prestation remarquable de Freeman et de Matt Damon (incarnant le rôle du capitaine de l’équipe) n’arrivent cependant pas à satisfaire entièrement le spectateur. Clint Eastwood nous a, en effet, habitués à un style éthéré, à une mise en scène qui regorge de subtilités et à une certaine esthétique propre à lui, qui donne à son œuvre un aspect onirique et une saveur mystérieuse. Or, dans Invictus, le discours et les images sont plutôt directs, pleins de bons sentiments évidents et politiquement corrects. Il s’agit là de parler d’une légende, d’un héros qui a sacrifié vingt-sept ans de sa vie pour libérer son peuple, ce qui confère au travail entrepris par Eastwood le même caractère sacré que la mission de son personnage. De là découlent naturellement quelques réserves, voire quelques pudeurs dans l’approche cinématographique. Invictus loue, parfois répétitivement, les qualités humaines extraordinaires de Nelson Mandela, le place tout en haut de l’Olympe des hommes parfaits et veut absolument faire de lui le symbole éternel de la justice et de l’égalité, ce qui est d’une part amplement mérité.
En réalité, le problème principal ne se situe pas tant dans l’approche du sujet que dans l’identité du réalisateur. Clint Eastwood nous a habitués à beaucoup mieux que ça, à plus de subtilités et de poésie. Dans ce film, on ne sent que rarement la touche unique de Clint, on le sent absent ou peu présent, on ne le reconnaît pas !
Malgré cette petite déception, il serait injuste de juger Invictus comme un film mineur du cinéma d’Eastwood. Cette œuvre regorge d’émotions suscitées par un Nelson Mandela attendrissant dans son rêve d’une nation arc-en-ciel, dans sa lutte pour la réhabilitation de l’Afrique du Sud et dans son sens de la justice et de la fraternité.
De plus, la légende aura, grâce à ce film, exaucé son vœu de voir l’immense Morgan Freeman incarner son rôle au cinéma. Pour le reste, les avis peuvent diverger, mais tout le monde s’accorde à dire qu’Invictus est une œuvre profondément humaniste.
Par Sarah Haidar
3e édition du Festival international des arts de l’Ahaggar